lundi 15 décembre 2014

Triste spectacle

Bien triste spectacle que cette fin d'exercice budgétaire. Le président de la République affirme sa priorité à la jeunesse et son gouvernement supprime l'équivalent de 4 universités lors des débats budgétaires. Et quels débats!

Le parti socialiste demandait 500 millions en plus pour l'enseignement supérieur et la recherche? Les députés socialistes ont voté 482 millions de crédits en moins... problème de communication peut-être.

Des députés socialistes transformés en girouettes qui illustrent jusqu'à la caricature le qualificatif peu enviable de "godillots". Des députés socialistes qui votent un jour le budget de l'enseignement supérieur, re-votent en seconde délibération 136 millions d'euros de crédits en moins sur ce même budget, avant que la presse annonce le mercredi - à partir de fuites savamment organisées par l'exécutif à la veille de la manifestation de Science en Marche - qu'ils re-re-voteront pour rétablir 70 millions sur les 136 supprimés pour finalement re-re-re-voter 20 millions de prélèvements sur l'ANR et 4 autres sur l'enseignement supérieur et la recherche! "Mais non c'était pas autant!" m'écrit l'une d'elles, certainement de bonne foi, perdue dans ses votes successifs.

Et au milieu de cette farce pitoyable, les mêmes députés sanctuarisent des centaines de millions pour un unique projet aux relents nauséabonds de conflit d'intérêts.

jeudi 11 décembre 2014

Coupes budgétaires dans l'enseignement supérieur et la recherche : Les sources, les chiffres

Le débat sur la gravité de la crise financière des universités a été relancé par Science en Marche ces derniers jours. Pour que chacun puisse se faire une idée de l'ampleur des coupes budgétaires voici, sans commentaires, les différents chiffres publiés par le gouvernement et le parlement.

Budget 2014

1 milliard d'euros de crédits a été annulé en 2014 sur le budget de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, toutes actions confondues, y compris les Programmes Investissements d'Avenir (PIA), soit 3,9% des crédits votés.
666 millions d'euros ont été annulés hors PIA. 
Source : Rapport n°2408 de Mme Valérie Rabault au nom de la commission des finances du Sénat, p.14 .

lundi 8 décembre 2014

Et pendant ce temps là les affaires continuent



Lorsque ce nouveau billet sera publié, l'Assemblée Nationale discutera du projet de loi de finances rectificative pour 2014, un document aride de 377 pages dans lequel l'État jongle avec les centaines de millions et les milliards d'euros. Derrière ces annulations de crédits, ces ouvertures de crédits, ces transferts de crédits, il y a des services publics qui vont perdre, d'autres qui vont gagner.

Et justement, p.116 on découvre un gros gagnant, le programme "Nano 2017" qui récupère la modique somme de 274 Millions d'euros prise, essentiellement sur les budgets de la recherche et des universités. Oui vous avez bien lu, 274 millions d'euros!



Quand les universités sont en déficit, les labos en crise, que le GVT n'est pas compensé et que les postes sont gelés, Manuel Valls, Najat Vallaud-Belkacem et Geneviève Fioraso prélèvent 274 millions sur leurs budgets pour les donner à un unique projet grenoblois "Nano 2017"!



274 Millions d'euros c'est le budget annuel de 3 universités LLASHS, de 2 universités pluridisciplinaires, plus que le budget annuel de l'université de Grenoble 1 ou même de l'université Paris Diderot! Pourquoi tant de largesses pour un seul projet?


lundi 13 octobre 2014

Prix Nobel : le grand ratage de "l'excellence"

Chaque année, la société Thomson Reuters se fait fort de prédire les prix Nobel. Elle aurait ainsi "prédit" le nom de 35 lauréats du prix Nobel depuis 2002. On pourrait sourire de cet exercice divinatoire qui rapproche les sciences "dures" des sciences "molles", Web of Sciences® des travaux sociologiques d'Elisabeth Tessier. Mais comme il s'agit de sciences "dures" justement, Thomson Reuters prétend avoir une démarche SCIENTIFIQUE! La société affirme pouvoir découvrir les lauréats potentiels à partir des citations dans les revues scientifiques classées et c'est à partir de la base de données Web of Sciences® que la prédiction est construite ; excusez du peu!

Pour ceux qui ne connaissent pas Web of Sciences®, il s'agit de cette base de donnée exploitée par Elsevier®, une des trois "majors" de l'édition scientifique avec Springer® et Wiley®. En caricaturant à peine, on pourrait définir l'activité de ces "éditeurs" comme consistant à faire payer les chercheurs pour qu'ils publient avant de faire payer les autres chercheurs pour lire lesdites publications!

jeudi 9 octobre 2014

OÙ EST CHARLIE? La "République exemplaire" a du plomb dans l'aile



La République exemplaire de François Hollande et Manuel Valls tourne à la pantalonnade. Alors que, selon un décret du 1er août, Geneviève Fioraso "ne connaît pas des actes de toute nature intéressant la direction de la recherche technologique du Commissariat à l'énergie atomique", la voici devant le stand du LETI, la branche micro et nano-technologies du CEA inaugurant en grande pompe et sous le regard des caméras et des journalistes le salon SEMICON Europa à Grenoble le 7 octobre. Et cela ne semble pas émouvoir grand monde au gouvernement ou au Parti Socialiste!

Pourtant, SEMICON EUROPA n'est pas un salon scientifique. C'est un évènement commercial organisé par le SEMI®  (pour Semiconductor Equipment and Materials International), un groupement qui se présente lui-même comme "the Voice of the Industry" destiné à promouvoir le commerce des micro et nano-technologies ; un lobby, quoi.

SEMI® déclare regrouper 1.900 entreprises adhérentes à qui elle promet "plus de croissance et de rentabilité". Pour y parvenir, SEMI® intervient auprès des responsables politiques afin d'orienter leurs décisions dans un sens favorable aux intérêts de la profession. C'est ainsi que SEMI® fixe au nombre de ses objectifs : "Advocacy and action on policies and regulations that encourage business growth". Et ce lobby d'expliquer que, dans le domaine de l'environnement par exemple, il faut des règles souples décidées par les professionnels de l'industrie plutôt que des règlementations étatiques... ben voyons! Mais Mme Fioraso nous dira certainement qu'elle aime l'environnement, l'écologie, le développement durable comme elle aime les SHS... Il y a de quoi s'inquiéter. 

Et si ce n'est pas assez clair, voici ce que déclare encore SEMI Europe sur son site : "EU rules and regulations can be difficult to understand and implement and sometimes they place an additional burden that slows down our fast-moving industry. To help keep our industry competitive on a global scale, SEMI Europe is committed to public policy — maintaining a Brussels office, which advocates for the SEMI members early in the decision-making process, so that final decisions reflect a balanced approach that keeps the needs of our industry protected." Je ne crois pas nécessaire de traduire ces propos.

Manifestement le lobbying de SEMI® est efficace puisque, de longue date, Mme Fioraso accompagne leur action. On la retrouve d'ailleurs sur une photo de 2009 en compagnie des représentants de la SEMI® et du patron de SOITEC (également présent en bonne place le 7 octobre) lorsqu'elle était PDG de la société d'économie mixte MINATEC Entreprise créée par Michel Destot.

Minatec Entreprise où est installé le LETI, la branche micro et nano technologies du CEA... que l'on retrouve également dans le reportage diffusé par France3.
capture d'écran du reportage France3 avec Mme Fioraso sur le stand du CEA

Et voici donc Charlie qui ne doit pas intervenir dans les actes de toute nature intéressant la direction de la recherche technologique du CEA qui fait la pub du CEA et du lobby des industries des semi-conducteurs. "On le voulait depuis 10 ans" déclare-t-elle dans le reportage de France3 (à partir de 23''). Michel Destot et elle peut-être, moi certainement pas.

En réalité, la grande différence entre Geneviève Fioraso et d'anciens membres du gouvernement dont le manque de délicatesse ou les fraudes ont été sanctionnées, c'est que notre secrétaire d'État assume au grand jour ses compromissions. C'est peut-être ça les valeurs de l'enseignement supérieur et de la Recherche pour François Hollande et Manuel Valls ; définitivement ce ne sont pas les miennes.

mercredi 8 octobre 2014

Autonomie des universités : un processus volontaire de destruction des emplois


Nos deux ministres ont gratifié les lecteurs de déclarations assez surréalistes ces dernières semaines. La ministre déchue a d’abord expliqué au Parlement qu’il suffisait de renvoyer les présidents d’universités à l’école et de former « les équipes de gouvernance » pour supprimer les déficits avant de justifier par les aléas démographiques la baisse historique des recrutements que nous évoquions au mois de juin sur ce blog ! Quant à la ministre promue, elle affirmait à Educpro que les postes gelés avaient bien été créés… Triste spectacle.

Plutôt que de s'amuser à de telles balivernes, pourquoi nos deux duettistes ne commencent pas par expliquer, tout simplement, la vérité? Avec la LRU, Valérie Pécresse a supprimé des postes par centaines dans les universités.

La LRU consiste à transformer les universités en « opérateurs » de l'État comme MétéoFrance, l'ADEME ou CampusFrance et à leur transférer la masse salariale et les emplois à travers les RCE. Sur le papier les universités doivent acquérir une indépendance nouvelle par rapport à l'État et recevoir une subvention pour financer les missions de service public dont elles ont la charge.

En réalité, n'en déplaise à Terra Nova qui affirme que le problème ce n'est pas « l'autonomie » mais sa mise en oeuvre avec un budget contraint, dès l'origine cette loi et son corollaire les « RCE » (responsabilités et compétences élargies), sont destinés à mettre les universités en difficulté pour supprimer des emplois publics.

jeudi 4 septembre 2014

Geneviève Fioraso et le CEA : quand la prévention des conflits d’intérêts confine au burlesque

Mise à jour 10 octobre 2014 : Où est Charlie?

RUE89 vient de débusquer un décret du 1er août qui retire toute compétence à Mme Fioraso pour les actes « de toute nature intéressant la direction de la recherche technologique du Commissariat à l'Énergie Atomique » (CEA).

Cette décision est prise en application de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence dans la vie publique. Elle serait motivée, selon RUE89, par les fonctions qu’occupe le compagnon de Mme Fioraso, au CEA.

La question de l’influence des mandats politiques sur la vie professionnelle dans un couple est difficile à appréhender. L’intérêt général commande d’éviter tout conflit d’intérêt, mais, à l’inverse, le compagnon ou la compagne d’un élu n’a pas non plus à être pénalisé dans sa carrière en raison du mandat de celle ou de celui avec qui il, ou elle, partage sa vie. Ce qui importe, et c’est le sens de la loi de 2013, c’est de pouvoir s’assurer que, dans l’exercice de ses responsabilités publiques, l’élu n’a pas été guidé par d’autres préoccupations que l’intérêt collectif.

Or, de ce point de vue, le décret du mois d’août sonne comme un aveu, un aveu presque burlesque. Toujours selon RUE89, l’entourage de Mme Fioraso déclare, rassurant : « Nous avons vérifié, pas une seule fois, elle n’a dû intervenir dans les affaires de cette direction technologique ». Est-ce une plaisanterie ?

lundi 25 août 2014

Et maintenant Fioraso 3 ?

"Le pire est toujours certain"
Henri de Montherlant

Mise à jour le 26 août 2014 : Et maintenant Fioraso 3!

Avec l’annonce de la démission du gouvernement, ce qui paraissait inconcevable il y a 147 jours, c’est à dire le maintien de Geneviève Fioraso à la tête de l’enseignement supérieur et de la recherche, est presque une évidence aujourd’hui.

Oh ce n’est pas que Mme Fioraso ait réussi quoi que ce soit d’important pour l’enseignement supérieur et la recherche, mais son bilan est à l’image de la politique menée depuis 2 ans par le président de la République.

Après avoir promis le « changement », Mme Fioraso aura continué avec enthousiasme la politique de Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy, conservant ceux qu’ils avaient nommés aux postes clefs, en donnant même une influence encore plus grande aux partisans de la LRU dans le pilotage de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Après avoir promis une « République exemplaire », Mme Fioraso aura simplement renforcé son pouvoir sur l’enseignement supérieur et la recherche en s’entourant des réseaux Grenoblois et Lyonnais à qui elle doit sa nomination.

Loin de toute « transparence », elle aura favorisé les conflits d’intérêts dans la recherche et n’aura pas hésité à nommer son « conseiller spécial » à la tête de l’INSERM.

dimanche 24 août 2014

Et si la réforme des COMUES était inconstitutionnelle ?

J’ai déjà consacré plusieurs chroniques, ici, et encore ici,  aux problèmes posés par la modification des COMUES à l’occasion de la discussion du projet de loi sur l’agriculture, mais le sujet est inépuisable. A partir 9 septembre prochain cette loi sera définitivement adoptée et le changement des règles électorales dans les COMUEs sera entériné. A moins… à moins que cet amendement du gouvernement au projet de loi qu’il a lui-même présenté soit inconstitutionnel !

Les COMUES entre la fourche et la fourchette ?

Le droit d’amendement est consacré par la Constitution, article 39 et 44, mais le conseil constitutionnel pose une limite à ce droit : l’interdiction des « cavaliers ». Un « cavalier », législatif en l’espèce, est un amendement, déposé par le gouvernement ou le parlement, qui n’a pas de rapport avec le texte en discussion. Pour qu’un amendement soit valable, précise le conseil, il ne doit pas « être dépourvu de tout lien avec l’objet du texte déposé sur le bureau de la première assemblée saisie ».

Certes le projet de loi portant « avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt » est vaste et ambitionne, selon le bon mot dont M. Le Foll semble très fier, de construire une politique « de la fourche à la fourchette » (exposé des motifs, p. 3). Difficile néanmoins, de trouver une place aux règles électorales des COMUEs ou à la correction des grosses erreurs de la loi Fioraso entre la fourche et la fourchette…

Le gouvernement a bien compris le risque d’inconstitutionnalité et il a cherché la parade. Selon le ministre de l’agriculture « Le présent projet de loi sur l’agriculture est le premier qui traite à nouveau d’enseignement et de recherche » (Ass. Nat. 3èmeséance du 10 janvier 2014 Après l’article 27 ). C’est un peu court, mais il y aurait donc un lien, certes ténu, entre l’agriculture, la forêt, l’alimentation et les COMUEs. Je vous laisse imaginer.

Un artifice du gouvernement

Cette affirmation est un pur artifice. Il y a bien dans ce projet de loi des dispositions sur l’enseignement, mais elles concernent le code rural dans ses dispositions sur l’enseignement technique agricole, l'enseignement supérieur et la recherche agricoles ce qui n’a strictement rien à voir avec l’enseignement supérieur et la recherche organisés par le code de l'éducation. On remarquera d’ailleurs que le projet de loi ne modifie pas le code de l’éducation, à l’exception de l’article litigieux sur les COMUEs. Il modifie, en revanche, le code rural pour le mettre en conformité avec la LRU2 de Mme Fioraso.

mardi 12 août 2014

les réseaux Fioraso


A plusieurs reprises j'ai dénoncé sur ce blog le clientélisme dont faisait preuve Mme Fioraso reprochant à un petit groupe aux intérêts communs d'avoir accaparé l'enseignement supérieur et la recherche. Parce qu'un bon dessin vaut souvent mieux qu'un long discours, voici donc une représentation graphique de ces réseaux. Une version agrandie est disponible en cliquant sur ce lien.

Dans une organisation démocratique élective, il y a deux façons de constituer une équipe de gouvernance : autour d’un projet ou autour d’un réseau d’intérêts communs. A une échelle bien plus modeste, lorsque nous avons été élus à la direction de l’université Paul Valéry il y a plus de 6 ans, nous ne nous connaissions pas, Anne Fraisse, présidente, Cécile Poussard et aujourd’hui Laure Echalier, vice-présidentes du CEVU, Patrick Gilli, vice-président du CS et moi. C’est un projet pour l’université qui nous a réuni pour la durée de nos mandats, au-delà de nos différences d’approches et d’analyse.

Rien de tel, au contraire, avec le ministère et aujourd’hui le secrétariat d’État, de Mme Fioraso. Les intérêts de deux groupes issus de la région Rhône-Alpes qui prônent une imbrication des intérêts politiques, industriels et scientifiques ont convergé pour diriger l'ESR : les « Grenoblois » proches de Michel Destot, l’ancien maire de Grenoble et toujours député de l’Isère et les « Lyonnais » autour de Lionel Collet et, peut-être, du groupe « Marc Bloch » même si l’anonymat derrière lequel se cachent ses membres ne permet pas de l'affirmer.

On ne demande pas à un ministre de gouverner avec ses adversaires politiques. Par contre on attend d'un ministre qu'il porte un projet qui fédère des acteurs que beaucoup de choses séparent. Ce n'est pas le choix fait par François Hollande où ce sont les liens relationnels qui prévalent. Quand ce n'est pas le projet qui dicte la gouvernance mais les intérêts des uns et des autres, on est bien loin de la République exemplaire tant promise.

mardi 5 août 2014

Benoît Hamon vend les bijoux de famille


C’est encore une de ces annonces de l’été, un arrêté de 5 lignes du 16 juillet signé Benoît Hamon et publié au JO du 31 juillet. Franchement ! Qui va lire le JO le 31 juillet ? Et pourtant ! Quelques jours seulement avant les vacances officielles du Gouvernement, le MENESR déclare « inutile au ministère » et « déclassé du domaine public de l’État » un « terrain désaffecté ». A lire cette décision, on imagine une parcelle pleine de ronces et d’herbes folles, comme ces « trois parcelles situées Cataran et Aillaud à Champcella » que le TGI de Gap met en vente à 187,76 €. Mais l’adresse retient l’attention : 4 rue de Lille, Paris 7ème.

Rue de Lille ; en plein cœur de l’arrondissement le plus cher de la capitale, où le prix moyen au m2 dépasse les 14.000 € et où il peut flamber jusqu’à plus de 20.000 €. Alors on va voir de plus près ce « terrain désaffecté » plein de ronces et d’herbes folles sur Google Map© ; voici le résultat.


source : google map


Le 4 rue de Lille, c’est l’ancienne bibliothèque interuniversitaire des Langues Orientales, la BU de l’INALCO. Un immeuble à l’architecture classique, sur 6 ou 7 étages ; un bien « de prestige » comme on dit dans l’immobilier. La surface totale cadastrée est de plus de 1400 m2, mais l’arrêté ne porte que sur environ 400 m2, le reste étant probablement déjà chez France-Domaine. À 14.000 € du m2, rien que ces 400 m2 de parcelle cela fait près de 6 millions d’euros. Et si on multiplie par le nombre d’étages,  on arrive à plus de 35 millions d’euros…

mardi 22 juillet 2014

Geneviève Fioraso "sèche" le CNESER sur les COMUEs

capture d'écran du compte Twitter© du MESR le 17 juillet 2014

Mise à jour le 25 août 2014: Merci à M. Jean-Yves Mérindol de m'avoir, par personne interposée, signalé une coquille dans ce papier. Il n'a pas été président de la CPU, mais bien de la commission recherche de la CPU. Erreur corrigée.

Il y a quelques jours, Mme Fioraso organisait une conférence de Presse pour signer en grandes pompes les "contrats de site" des universités et établissements d'enseignement supérieur parisiens. Elle avait convoqué des présidents de ces COMUEs, Monique Canto-Sperber, directrice de Normal Sup, Jean-Yves Mérindol, ancien président de la CPU, de l'université Strasbourg 1 avant la fusion, ancien directeur de l'ENS Cachan, ancien conseiller enseignement supérieur de François Hollande... et Pascal Binczak, ancien président de Paris 8. Devant un parterre choisi où l'on reconnaissait au premier rang Mme Bonnafous, la DGESIP, et plusieurs proches de la ministre, Mme Fioraso annonçait les dizaines de postes qu'elle déversait sur ces établissements "amis" pour avoir créé ces fameuses COMUEs dans un contexte hostile.

Hier c'était une toute autre ambiance et un tout autre enjeu. Le CNESER se réunissait pour donner son avis sur la création de ces COMUEs parisiennes. Il était d'autant plus difficile de convaincre le CNESER que, comme le faisait remarquer Stéphane Leymarie secrétaire général de Sup'Recherche-Unsa, les statuts présentés n'étaient pas conformes à la loi en vigueur.

lundi 21 juillet 2014

Geneviève Fioraso corrige sa loi par Ordonnance

Les ministres, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.
Libre adaptation de Michel Audiard, in « Les tontons flingueurs »



Les collègues du ministère liraient-ils ce blog ou ont-ils, enfin, décidé d'étudier la loi qu'ils ont rédigé? Toujours est-il que le Journal Officiel du 18 juillet publie une ordonnance corrigeant quelques erreurs de la loi Fioraso.

Les premiers lecteurs de ce blog se souviendront peut-être que j'avais moqué la ministre et son équipe qui avaient supprimé l'AERES dans le code de la recherche mais l'avaient maintenue pour l'évaluation des universités dans le code de l'éducation (art. L.242-1)! Erreur corrigée dans l'ordonnance du 17 juillet 2014 (art. 3, 1°) : l'AERES n'est plus. Dommage, ils étaient venus évaluer notre université il y a quelques mois, juste après la dernière visite de l'IGAENR. Nous attendions leur rapport ; nous n'allons plus attendre grand chose.

J'avais également pointé dans une autre chronique, le problème du droit de veto des présidents d’universités transféré au conseil d'administration dans un article (L.712-2), mais toujours attribué au président dans un autre (L.952-6-1). L'ordonnance corrige cette erreur, mais en commet une autre.

mercredi 16 juillet 2014

Quand les murs tombent



C’est un mur d’entrée sur un campus classé au patrimoine du XXème siècle, un mur en béton brut de coffrage qui sert d’assise à une œuvre d’art, un portail créé par Victor Vasarely, plasticien fondateur de l’Op Art. C’est le mur d’entrée du campus principal de mon université, l’université Paul Valéry à Montpellier.

Clientélisme, incompétence et dérive autoritaire : l’inquiétant parcours de la loi Fioraso

Avec la loi Fioraso le ministère de l’éducation est pris dans une fuite en avant dangereuse, pas seulement pour l’enseignement supérieur et la recherche mais, au-delà, pour la Démocratie.

Mal née, la loi Fioraso a aussi été mal rédigée. Au final elle ne satisfait ni le monde académique, ni ceux qui l’ont voulue et imposée. Les derniers textes publiés par le ministère comme le document paradoxalement intitulé « contrôle de légalité : grille de lecture des statuts d’une université (ou d’un institut national polytechnique) » diffusé par la DGESIP le 12 juin dernier ou le Décret n°2014-780 du 7 juillet 2014 « relatif à la composition de la formation restreinte du conseil académique » illustrent la tentation du gouvernement de passer en force jusqu’à aller outre et contre la Loi, au mépris des principes qui fondent l’État de Droit.

Le clientélisme qui a présidé à la conception de la loi et l’incompétence qui s’est exprimée dans sa rédaction et son approbation par le Parlement conduisent aujourd’hui le ministère de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche dans une dérive autoritaire préoccupante.

Clientélisme

Alors que le président de la République avait fait campagne sur le thème de la « République exemplaire », dès sa conception, la loi Fioraso était marquée par le clientélisme. Un petit groupe d’enseignants et de chercheurs, d’hommes politiques, de lobbies scientifiques et industriels avait décidé de s’approprier les moyens publics de l’enseignement supérieur et de la recherche. Au cœur du système, le lobby du nucléaire et le Commissariat à l’Energie Atomique dont Mme Fioraso et son mentor, Michel Destot maire déchu de Grenoble, étaient très proches. Le « modèle grenoblois » fait d’une imbrication des intérêts entre milieu politique, économique et scientifique allait s’imposer au bénéfice des grands industriels français du nucléaire, des transports, des communications et de la santé.

mardi 15 juillet 2014

Commentaires sur Educpro : « modération » ou « censure» ?

Mise à jour 12h
Après m'être inquiété sur twitter ce matin de la disparition des commentaires sur Educpros, j'ai reçu la réponse suivante:

Merci pour la réactivité d'Educpros et l'explication : la disparition des commentaires était liée à un problème technique.
Mes critiques sur l'attribution complaisante des postes par le MESR reste entière.


dimanche 13 juillet 2014

Sélection en master : Benoît Hamon remporte le grand prix de la langue de bois

Alors que prend fin la Coupe du Monde, C’est une confrontation d’un niveau particulièrement élevé qui s’est déroulée à l’Assemblée Nationale le 10 juin dernier sur la question de la sélection en master. D’abord passée inaperçue, elle a finalement mis le ministre en difficulté et ouvre des perspectives inquiétantes pour les étudiants.

Geneviève Fioraso, déjà interrogée sur le sujet le 3 juin, avait été éliminée en demi-finale face à un adversaire courageux mais qui manquait manifestement de préparation sur le 3-5-8, le LMD. C’est fort logiquement que l’on retrouvait en finale Patrick Hetzel, député UMP et ancien DGESIP de Valérie Pécresse et Benoît Hamon, actuel ministre de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Entre le premier qui n’a rien fait sur le sujet pendant les 4 années durant lesquelles il dirigeait l’enseignement supérieur et le second qui n’a pas l’intention d’en faire plus le temps que durera son ministère, le match s’annonçait serré; il tint toutes ses promesses. La question de Patrick Hetzel était perfide, la réponse du ministre d’une vacuité sidérale.

jeudi 19 juin 2014

Effondrement historique des recrutements d’enseignants-chercheurs : près de 500 postes en moins en 2013

source : DGRH - Ministère de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche

Benoît Hamon et Geneviève Fioraso peuvent continuer à prétendre que tout va bien et que l’État crée des postes dans les universités, les données de leur ministère ne peuvent plus cacher la réalité des suppressions massives de postes d’enseignants-chercheurs.

Selon le bilan de la campagne de recrutement publié par la DGRH du ministère de l’enseignement supérieur, en 2013, il y a eu 448 postes de moins qu’en 2012 ouverts au recrutement. Sur la seule «campagne synchronisée », c’est-à-dire la procédure normale de recrutement des professeurs et maîtres de conférences, la baisse est encore plus importante : -490 postes en un an. Le graphique ci-dessus illustre cet effondrement des recrutements alors que, faut-il le rappeler, les effectifs étudiants ne cessent d'augmenter.

samedi 14 juin 2014

Assez!

Terra Nova, le think-tank social-libéral proche du parti socialiste vient de sortir une nouvelle note sur l’enseignement supérieur, note servilement relayée, comme à l’habitude, par Mme Brafmann sur son blog du journal Le Monde. Mme Brafmann qui participait encore au mois d’octobre dernier à une conférence avec Yves Lichtenberger, l’un des auteurs de la note de Terra Nova.

On retrouve dans ce texte tous les poncifs de Terra Nova, le prêt-à-penser pseudo scientifique mâtiné de  technocratisme, les formules toutes faites, le nombrilisme et l’entre-soi d’un petit groupe de copains qui signent leurs articles scientifiques ensemble et décident ensemble que ce qui est bon pour eux est nécessairement bon pour les autres, et surtout son passéisme.

mercredi 11 juin 2014

Nouveau décret financier : fin de partie pour «l’autonomie»

Les ministres et les gouvernements passent, les mauvaises habitudes restent. Après avoir fait voter la LRU un 10 août  et la LRU2 un 22 juillet, c’est un dimanche 8 juin, veille de pentecôte, que le gouvernement de Manuel Valls sort le nouveau décret financier sur les universités, COMUE et autres établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche. Gageons que le décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs ou les textes transformant le système SYMPA pour, éventuellement, y intégrer la masse salariale passeront pendant l’été !

Au passage, le texte souligne le déclassement de l’enseignement supérieur et de Mme Fioraso, qui arrive logiquement en avant-dernière place des signataires, après le premier ministre et pas moins de 10 ministres ! Benoît Hamon est bien le patron de l’enseignement supérieur et de la recherche et c’est donc lui qui doit maintenant en assumer la responsabilité politique.

Quel est l’objectif de ce texte ? En réalité, et c’est une autre mauvaise habitude, le nouveau décret poursuit plusieurs objectifs. Comme Albert aurait pu me le dire, quand on court deux lièvres à la fois on les rate tous les deux. Et là il y en a au moins trois.

samedi 31 mai 2014

Mensonge d’État : à propos des créations de postes dans l'enseignement supérieur



J'ai vu, dit-il, un chou plus grand qu'une maison.
Et moi, dit l'autre, un pot aussi grand qu'une église.
Le premier se moquant, l'autre reprit : Tout doux ;
On le fit pour cuire vos choux.
...
Quand l'absurde est outré, l'on lui fait trop d'honneur
De vouloir par raison combattre son erreur ;
Enchérir est plus court, sans s'échauffer la bile.

Jean de La Fontaine, Le dépositaire infidèle



On critique ! On critique ! Mais, en réalité, nos collègues du ministère ont conservé un esprit enfantin, plein d’enthousiasme, d’optimisme et de naïveté. Dans l’adversité on sent chez eux le souffle de Baden Powell, les leçons de Bison égocentrique, de Langue agile et d’Hamster érudit ! Les voici toujours rêveurs, prêts à de nouvelles facéties!


mercredi 21 mai 2014

COMUE : pourquoi s'embarrasser avec la démocratie ?

En lisant la dépêche que l’AEF, l’agence de presse spécialisée dans l’éducation, consacre à la COMUE de SACLAY j’ai failli m’étrangler. Le mépris qu'affichent le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche et les lobbies qui l’entourent pour la démocratie devient indécent.

On peut lire : « La version définitive des statuts de la future Comue "Université Paris-Saclay" a été adoptée par le CA de la fondation de coopération scientifique "Campus Paris-Saclay", le 7 mai 2014, puis validée par les services du MENESR. ..Le décret de création de l’université ne devrait cependant pas être publié avant le vote de la loi sur l’avenir de l’agriculture, qui modifie la loi ESR sur la question des Comue et qui est en attente d’une deuxième lecture à l’Assemblée nationale et au Séna».

Ainsi donc le ministère, après avoir décidé de modifier la LRU2 de Mme Fioraso par amendement introduit dans la loi sur l’agriculture pour les besoins de la COMUE Saclay, après avoir supprimé dans cet amendement toute référence au secret du vote, « valide » les statuts de la COMUE Saclay sans même attendre que les députés approuvent définitivement la loi !

lundi 5 mai 2014

COMUE : allons-nous devoir voter avec les pieds?

Dans le Sénat romain, le scrutin n'était pas secret. Les sénateurs votaient en se déplaçant pour rejoindre celui dont ils approuvaient la proposition. C'était peu démocratique, mais cela permettait de compter ses amis... et ses ennemis. Et bien nous pouvons nous demander si nos joyeux spécialistes du MESR qui ravaudent la LRU2, n'ont pas décidé de rétablir pour les COMUEs les senatus pedarii qui votaient avec leurs pieds dans la désormais fameuse loi "d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt" (!).

En effet, l'article 27bis de la loi sylvestre proposé par amendement du gouvernement devant l'Assemblée Nationale supprime l'obligation de scrutin secret pour les élections au suffrage direct dans le conseil d'administration et le conseil académique des COMUEs sur les trois collèges, enseignants-chercheurs et personnels assimilés, autres personnels et étudiants. Rien de moins!


vendredi 2 mai 2014

1 000 milliards de Dollars : la dette des étudiants américains atteint un nouveau sommet

Selon les données publiées par la Federal Reserve Bank of New York, fin 2013, l’endettement étudiant aux États-Unis a dépassé le chiffre record de mille milliards de dollars. L’enseignement supérieur est devenu la seconde source d’endettement après les prêts hypothécaires et devant les prêts automobiles ou les prêts par carte de crédit. En 2005, 23,3 millions d’étudiants avaient emprunté pour financer leurs études ; ils étaient 37,1 millions contraints de le faire en 2011. La charge annuelle de remboursement était de 15.651 USD en 2005, elle est passée à 24.301 USD par an en 2011. Le « modèle américain» tant vanté depuis 20 ans a créé une nouvelle « bulle financière » et le taux d’incident ne cesse de croître pour atteindre près de 12% (voir graphique ci-dessous, courbe rouge).

jeudi 1 mai 2014

Sic transit Gloria mundi : Les attributions de la secrétaire d'État Mme Fioraso

Dans une précédente chronique je concluais : "toute honte bue, Geneviève Fioraso peut passer du statut de ministre à celui de simple secrétaire d'État, elle a déjà perdu toute crédibilité". Je ne pensais pourtant pas que la chute serait aussi brutale.

Mme Fioraso a bien été nommée secrétaire d'État contre une large partie de la communauté universitaire, mais le décret fixant ses attributions paru hier au Journal Officiel ramène ce titre à peu de choses.

Elle dont la politique n'a été que mépris pour les universités (faut-il rappeler que dans la version initiale de la LRU2 les universités ne participaient pas à la définition de la politique nationale de la recherche?) et mensonges (qui croit encore à ses annonces sur les crédits supplémentaires des universités ou à son amour des Humanités?) pourra continuer à exercer, "par délégation, les attributions du ministre relatives à l'enseignement supérieur, à la recherche et à la politique de l'espace", mais elle n'en a plus le budget. Elle peut seulement "participer à la préparation des décisions" concernant le budget des universités ; autant dire que les arbitrages lui échappent et seront l'apanage du ministre.

On ne s'en réjouira même pas. Benoît Hamon a d'autres priorités et déjà d'autres soucis que l'enseignement supérieur qui passera au second plan. Pourtant, quel sera l'interlocuteur des universités à qui l'État ne donne pas les moyens de payer les fonctionnaires transférés au nom de "l'autonomie" ? Benoît Hamon puisque Mme Fioraso n'est plus compétente en matière budgétaire. Et avec qui discuter des "audits" de l'IGAENR, sages conseils pour universités sous-dotées abandonnées par l'État qui promet mais ne tient pas? Benoît Hamon encore puisque c'est lui qui a autorité sur l'inspection.

jeudi 24 avril 2014

COMUE : le ministre de l’agriculture modifie la LRU2

Je commencerai cette nouvelle chronique en citant la déclaration de Mme Blandin devant le Sénat  : « Désormais, en France, on encadre le fonctionnement de l’université dans les lois agricoles... »
Et bien oui ! Après avoir bafouillé sur un texte rédigé par je ne sais qui devant l’Assemblée Nationale en janvier, c’est à coup de « D’après ce que l’on m’a expliqué » et de « si j’ai bien compris » que Stéphane Le Foll, toujours ministre de l’agriculture du nouveau gouvernement Valls, a fait modifier la LRU2 Fioraso votée en juillet dernier [voir l’intervention du ministre : JO déb. Sénat, 15 avr. 2014, p.3132].
« On » lui a donc dit, à M. Le Foll, que la LRU2 de Mme Fioraso était mal fichue. « On » lui a dit qu’il fallait la changer et il pense donc qu’il faut la changer, M. Le Foll, même s’il ne sait pas vraiment pourquoi. Mais si « on le lui a dit » à M. le ministre de l’agriculture, c’est « qu'on » a une bonne raison…
Il n’aurait pourtant pas été inutile que M. Le Foll cherche à comprendre ce « qu’on » lui demandait de défendre car les modifications en question n’ont rien d’anecdotiques. Que supprime le texte pastoral dans le code de l’éducation ?

D’abord il supprime une bourde monumentale de Mme Fioraso que la technicité de la rédaction juridique ne permet pas de cacher : pour le fonctionnement des COMUEs la LRU2 de Mme Fioraso renvoyait à des chapitres… introuvables !

L’article L.718-7 voté en juillet dernier prévoyait d’appliquer aux COMUES : « les chapitres Ier, III et IV du livre VI de la présente partie » ; un jeu de piste qui ne débouche... sur rien.

Le Livre VI de la troisième partie législative du code de l’éducation compte en effet 8 « titres » et donc 8 « chapitres 1er »,  7 « chapitres III » et 5 « chapitres IV » ! En plus, ces dispositions n’ont absolument rien à voir avec les établissements d’enseignement supérieur, elles concernent l’organisation des enseignements.

C’est en réalité au Livre VII du code de l’éducation qu’il fallait renvoyer ; quand on utilise des chiffres romains, il ne faut pas se tromper dans les bâtons... Le titre 1er du livre VII s'applique bien aux EPSCP avec un chapitre 1er consacré aux « principes d’autonomies » des EPSCP, le chapitre 3 aux «composantes des universités » et un chapitre 4 aux « services communs ». Voilà au moins une correction pertinente et c’est bien connu, il n’y a que les imbéciles qui ne font pas d'erreur.

Ensuite, et cette fois il s’agit d’une modification substantielle, le texte supprime le seuil posé en juillet par le Parlement pour la constitution des listes de candidats au conseil d’administration. Pour garantir un minimum de représentation des différents établissements membres, le Parlement avait exigé que les listes de candidats « assurent la représentation d’au moins 75% des établissements membres ». Dans une COMUE avec 5 universités et 6 organismes de recherche, il fallait que les listes enseignants, IATOSS et étudiants comprennent chacune des candidats issus de 4 universités. Dans l’hypothèse où se grefferaient 2 écoles,  il fallait que les candidats proviennent d’au moins 6 établissements sur 7.

Tout cela n’est plus nécessaire avec la nouvelle rédaction. Les listes peuvent être constituées exclusivement de membres d’un établissement. Organiser une confrontation inter-établissements quand on prétend construire dans les COMUEs une stratégie de site partagée, il fallait oser !

Et pour être certain de compliquer les choses, le nouveau  texte aligne le régime électoral du Conseil académique sur celui du conseil d’administration de la COMUE ce qui permet d’avoir deux fois le même problème au lieu d’une seule. Quand « on » est incompétent et que « l'on » ne sait pas rédiger des lois, c’est jusqu’au bout.

Cette nouvelle affaire illustre jusqu’à la caricature toutes les dérives de ce gouvernement. 

jeudi 17 avril 2014

Les primes du cabinet Fioraso

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse! En ces temps de gouvernement "Valls", le journal Le Figaro fait un travail d’investigation que Le Monde n’assure plus depuis longtemps et il nous gratifie d'une analyse intéressante sur les primes des cabinets du gouvernement Ayrault. L'information était déjà parue dans plusieurs publications en fin d'année 2013 ; elle mérite que l'on y revienne à propos de l'enseignement supérieur.

35.091 € c’est en moyenne ce que Mme Fioraso a versé à 10 membres de son cabinet en 2013. Comme c’est une moyenne, cela signifie que certains ont eu moins… et d’autres beaucoup plus. Attention, nous ne parlons pas ici de la rémunération de ces brillants conseillers ; nous ne parlons que de la prime qui s’ajoute à cette rémunération. Quand on lit la LRU2 concoctée par ces conseillers, on se dit que c’est cher payé. A titre de comparaison, les universités ont reçu 31.600 € en 2014 pour les emplois créés au titre de la promesse électorale de François Hollande (59.000€ en année pleine promis pour 2015).

Le même document permet de constater que, lorsqu'elle était ministre, Mme Fioraso faisait preuve de largesse avec ses collaborateurs, mais aussi qu’elle multipliait le nombre de ces collaborateurs ! Le cabinet comptait 61 agents en 2013 dont 14 « politiques ». A titre de comparaison, le cabinet de Vincent Peillon en comptait autant pour toute l’éducation nationale et le ministère du Budget, à qui les conseillers de Mme Fioraso, imputent la responsabilité des problèmes financiers que rencontrent les universités ( à part égale avec les présidents d’universités voués aux gémonies) ne comptait que 57 membres … Enfin, nous étions loin de l'affichage paritaire puisque Mme Fioraso s'était entourée des conseils de 11 hommes ... et 3 femmes.

Les premières nominations au cabinet de la nouvelle secrétaire d'État n'annonçant pas de changement sur ces pratiques et puisque nous avons débuté ce billet par un vers de Musset, finissons le par les vers qui lui succèdent ; ils pourraient décrire la stratégie du nouveau gouvernement sur l'enseignement supérieur : « Faites-vous de ce monde un songe sans réveil ».

mardi 8 avril 2014

Pétition contre Think-tank : la lutte d'influence

Il aura suffit d’un "à bientôt" maladroit lors de la passation de pouvoir entre Benoît Hamon et Geneviève Fioraso et d’un nouvel article complaisant du journal Le Monde pour qu’une pétition contre la politique de Geneviève Fioraso recueille près de 8.000 signatures en quelques jours.

Le texte de cette pétition est long, détaillé. Il reprend toutes les critiques qui peuvent être adressées à la politique incarnée par Geneviève Fioraso depuis juin 2012. Il a pourtant été très vite relayé sous une formule beaucoup plus lapidaire :" Contre Fioraso au gouvernement!". Et cette formule a fait florès.

"Tout sauf Fioraso" ou plutôt "Tout sauf le système qu'elle représente". Ce système, c'est celui qu'a mis en place un petit groupe de personnes qui ressassent les mêmes lubies depuis 15 ans et défendent leurs intérêts à travers des "think-tank" comme le groupe "Marc Bloch". Longtemps favorables aux projets de Nicolas Sarkozy et de Valérie Pécresse, ils ont misé sur François Hollande à la présidentielle et ont profité de son élection. Ce groupe, inactif depuis que Lionel Collet est devenu directeur de cabinet de Mme Fioraso, a brusquement repris du service pour soutenir la candidature de l'ex-ministre de Jean-Marc Ayrault à un poste de secrétaire d'État dans le gouvernement de Manuel Valls.

Ce maintien en fonction ne répond à aucune rationalité politique. Depuis l'affaire CORYS, Geneviève Fioraso est de tous les échecs de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Elle n'a jamais été considérée comme une ministre à part entière, au mieux le prête-nom de son mentor, Michel Destot, au pire "une erreur de casting". Elle a participé à la promotion du "modèle grenoblois" du même Destot qui vient d'être sévèrement sanctionné par les électeurs aux dernières municipales. La loi sur l'enseignement supérieur qui porte son nom restera, certes, dans les annales, mais ce sera pour ses incohérences et ses erreurs de rédactions multiples. Elle n'aura même pas été capable d'assumer ces erreurs et c'est finalement le ministre de l'agriculture qui aura défendu un amendement sur les Communautés d'universités et d'établissements dans la loi d'orientation agricole!

Pourtant, malgré toutes ces casseroles, ou justement à cause de ces casseroles, les think-tanks s'agitent pour que Mme Fioraso soit secrétaire d'État. D'une certaine façon ce n'est que Justice. Il faut le reconnaître, jusqu'à la fin de son mandat, Mme Fioraso a servi les clientèles qui l'ont choisie, diffusant le cadrage de l'appel d'offre IDEX 50 minutes avant que la démission de Jean-Marc Ayrault soit officielle et préparant, avec la complaisance du président de la République, le parachutage à la tête de l'INSERM d'un conseiller spécial de son cabinet.

Aujourd'hui ces intrigues d'un petit nombre d'affidés se heurtent à une pétition qui rapproche par milliers toutes les sensibilités du monde scientifique dans une critique commune.

Restera, restera pas? Telle est la question, l'espoir pour quelques-uns, la crainte pour beaucoup d'autres, à laquelle le président et le premier ministre répondront dans les heures qui viennent. Mais cette question n'a plus grand intérêt, noyée sous les signatures qui se sont accumulées à une vitesse surprenante. Toute honte bue, Geneviève Fioraso peut passer du statut de ministre à celui de simple secrétaire d'État, elle a déjà perdu toute crédibilité.