lundi 7 mai 2018

Parcoursup : les licences « en attente »


« Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia,
parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre
qu'il avait créée en la faisant ».
La Genèse


On commence à évoquer le caractère anxiogène de Parcoursup pour les étudiants. APB avait laissé 117.000 jeunes dans l’incertitude au mois de juin 2017, combien de candidats seront « en attente » au soir du 22 mai 2018 ? On évoque le chiffre de 100.000, peut-être beaucoup plus à lire la Cour des comptes.

Cela n’a pas l’air d’émouvoir les partisans de la loi ORE qui estiment qu’avec les «attendus» ils pourront enfin sélectionner les étudiants à l’université. Mais ces partisans de la sélection n’ont pas compris l’effet pervers de Parcoursup pour les universités : celui de mettre aussi les licences « en attente ». Loin de renforcer le prestige de la licence, Parcoursup en fait la variable d’ajustement de l’accès au supérieur. Pour le comprendre il faut se replonger dans le calendrier prévu par l’arrêté du 9 mars 2018.

Tout commence le 22 mai. Les candidats reçoivent la réponse à leurs vœux. Les universités recherchant les mêmes profils, une minorité de candidats va recevoir plusieurs acceptations, les autres étant « en attente ». C’est le désistement des candidats les mieux placés qui permettra à ceux qui sont moins bien classés de trouver une place. Ce processus va prendre du temps.

Dans une vision biblique, messianique même, de Parcoursup, la ministre Vidal prévoit qu’à l’aube du 7ème jour, sans confirmation, le « Oui » disparaît et la place est proposée aux autres candidats. On refait le Monde! Un étudiant reçoit une proposition le 22 mai il doit répondre avant le 28 mai. S’il décline l’offre, une place se libère pour un autre candidat. Nous sommes le 29 mai. Ce nouveau candidat peut accepter la nouvelle offre ou la refuser. Nous sommes le 5 juin. Et l’opération se répète. Nous sommes le 12 juin. Le processus se complique car la procédure est suspendue du 18 au 25 juin. Le troisième candidat aura donc jusqu’au 26 juin pour accepter ou refuser. S’il ne dit rien, le quatrième candidat par ordre de classement décroissant ne recevra une proposition que le 27 juin. La procédure s’accélère, il aura jusqu’au 1er juillet pour accepter ou refuser, délai ramené à 3 jours pour les propositions reçues entre le 29 juin et le 1er septembre. Les collègues qui ont classé les candidatures vont donc devoir attendre plusieurs semaines, plusieurs mois, pour connaître l’effectif de leur formation. Et l’attente va en réalité se prolonger bien plus longtemps pour les licences.

Les données disponibles sur la répartition des vœux dans Parcoursup montrent une concentration des candidatures sur certaines universités et sur les filières sélectives. Prenons l’exemple d’un candidat qui postule dans des filières sélectives et dans une licence. Il est accepté en licence, mais est encore « en attente » sur ses vœux sélectifs. Parcoursup donne alors la possibilité au candidat de « bloquer » une proposition tout en conservant ses choix « en attente ». Il confirmera son acceptation en licence, mais maintiendra ses vœux dans les filières sélectives. Aucune place ne se libère pour les candidats moins bien classés. La procédure est « gelée » le temps que les filières sélectives se remplissent, sans que les collègues de licence le sachent. Si notre candidat reçoit quelques jours ou quelques semaines plus tard une réponse positive sur un choix sélectif, il pourra renoncer à son inscription en licence. Soudain des places vacantes vont apparaître et les étudiants les mieux classés vont quitter le navire. J’imagine l’étonnement de certains collègues, mais continuons à raisonner sur les choix probables.

Prenons un deuxième étudiant, dont le dossier est un peu moins brillant. Comme le soulignait la Cour des comptes (p. 25), par sécurité il est probable qu’il confirme tout de suite la proposition qui lui est faite. Il n’attendra pas que les candidats les mieux placés arbitrent entre les offres sélectives et les licences. Lorsque des places vont se libérer en fin de procédure, c’est donc dans le vivier des candidats les moins bien classés que les offres vont se discuter et non dans celui des candidats intermédiaires.

La dernière étape ne fera que renforcer ce phénomène. La ministre ayant insisté sur le fait que cette année tous les candidats pourraient s’inscrire dans le SUP, les recteurs vont avoir fort à faire en septembre. En 2017, on a vu que les difficultés se sont concentrées sur les étudiants titulaires d’un bac pro qui n’étaient pas soumis au dispositif de la « pastille verte », c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas obligés de demander une inscription dans une formation non sélective. Avec la disparition de la « pastille verte » dans Parcoursup, le risque est encore plus élevé cette année. Il n'est pas besoin d'être devin pour prédire qu’en septembre de nombreux bacheliers pros vont se retrouver sans affectation. C’est au recteur qu’il reviendra de les inscrire. Dans quelles formations ? Et bien les licences car ce sera le plus simple et les filières sélectives auront fait le plein. Comme Perette les partisans de la sélection dans Parcoursup découvriront, mais bien tard, qu’ils sont gros Jean comme devant. Ils découvriront également que Parcoursup n'a pas seulement sélectionné les étudiants, la plateforme aura aussi sélectionné les universités et leurs formations.

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