samedi 13 janvier 2018

Portail ParcourSup : business décomplexé pour "start-up nation" !


Alors que les universités débattent encore des attendus, le site internet est déjà prêt. Des étudiant.e.s, souriant.e.s et décontracté.e.s et un slogan "Le GUIDE de Parcoursup pour ton Orientation Post Bac". Sur trois pages web on trouve la présentation de la réforme, des attendus, le calendrier. Sauf... sauf que ce site n'est pas celui du ministère! Il s'agit d'un site privé!

Les ministres passent, les erreurs se répètent. Il y a un an, alors que Najat Vallaud Belkacem et Thierry Mandon lançaient le site "trouvermonmaster", j'annonçais ici qu'un établissement privé s'était approprié les adresses ".fr" et ".org". Il avait profité de la négligence du ministère qui avait omis de le faire avant la conférence de presse. Erreur de débutant!

On pouvait penser qu'instruits par l'expérience, Mme Vidal et ses services ne s'y feraient pas prendre. Et, en effet, le ministère réservait cette fois les adresses ".fr" et ".org" avant d'annoncer le lancement de Parcoursup. Mais, curieusement, le ministère n'a pas réservé l'adresse ".net". La conférence de presse de lancement de Parcousup n'était pas terminée qu'un investisseur privé se l'appropriait. Et, alors que le propriétaire des adresses "trouvermonmaster.fr" et ".org" n'en a pas fait usage, celui de "parcoursup.net" ne s'est pas gêné. Il y a donc aujourd'hui deux sites "parcoursup", une "plate-forme nationale"... et un site privé.



Comment une telle erreur a-t-elle pu se produire? Pourquoi le site est-il toujours actif alors que l'information a été diffusée sur les réseaux sociaux dès novembre ? Et à qui appartient ce site?

Une consultation de Whois nous indique que parcoursup.net a été enregistré par Anthony Kuntz au nom de la société KREACTIVE Technologies domiciliée 97 cours Gambetta à Lyon. KREACTIVE Technologies appartient à une autre société, KREACTIVE, située à la même adresse et dont le président est M. Anthony Kuntz-Negri. En réalité Anthony Kuntz et Anthony Kuntz-Negri ne font qu'un et, dans le SUP privé, M. Kuntz n'est pas un inconnu. Il dirige DIGISCHOOL. D'ailleurs parcoursup.net renvoie vers... le site de DIGISCHOOL!



DIGISCHOOL et KREACTIVE sont des exemples de la Start-up Nation en Marche! Ces sociétés sont labellisées FrenchTech Lyon et soutenues par Gérard Collomb et Najat Vallaud Belkacem. DIGISCHOOL bénéficie de nombreux articles dans les médias qui reprennent le sondage qu'elle commande pour montrer l'adhésion à la réforme. DIGISCHOOL a même un partenariat avec Challenges!

DIGISCHOOL est classée dans le top ten des EdTechs par Forbes et a levé 14 millions d'euros en 2016 auprès, notamment, de la famille Mulliez (Auchan) et... de la Banque Publique d'Investissement. Bref une startup très en cour qui bénéficie d'un soutien public substantiel. Même si les comptes publiés me laissent plus circonspect, on doit constater que le chiffre d'affaire s'est envolé entre 2011 et 2015 passant de 576.964€ à 3.220.171€.


Son modèle économique ? Je cite Kuntz lors du rachat de MediaEtudiant qui allait donner naissance à DIGISCHOOL " monétiser son audience avec des annonceurs affinitaires (formation, grande consommation) et la vente de contenus premiums". En clair, DIGISCHOOL est une société qui surfe sans complexe sur la vague de l'enjeu éducatif et la crainte de l'échec scolaire, proposant tout à la fois conseil, coaching, salons de l'éducation, Moocs ou soutien en ligne et publicités pour des écoles de second rang. Pour l'heure "parcoursup.net" est moins bien référencé sur les moteurs de recherche que la plate-forme institutionnelle, mais gageons qu'avec les millions de la famille Mulliez et de BPI France, ce sera un jeu d'enfant pour remonter dans les recherches Google!

Je ne sais pas qui est le plus à blâmer, du ministère ou de M. Kuntz, et je n'ai ni le temps ni les moyens d'affronter un procès dilatoire en diffamation. Je vous laisserai donc apprécier la méthode. Pour échapper à la critique, "parcoursup.net" se décrit comme "Le Guide Parcoursup" à la différence du site officiel qui se présente comme "la nouvelle plateforme d'admission". Néanmoins, en m'en tenant aux faits, je constate:

-> que le modèle économique revendiqué repose sur l'audience des pages web ;

-> qu'à l'heure où j'écris ces lignes, sur aucune des 3 pages du site il n'est fait mention de son caractère privé ;

-> qu'il est également impossible de savoir qui est administrateur de ce site car, s'il y a bien un copyright "2018 PARCOURSUP" il n'y a aucune mention légale contrairement aux obligations prévues par la loi pour la confiance dans l'économie numérique que la DGCCRF est censée garantir;

->qu'aucun lien ne renvoie le lecteur vers le site institutionnel ou le site du ministère. Le seul lien externe renvoie vers le site de DIGISCHOOL et l'annonce d'un salon "24h de l'orientation Spécial Parcousup" auquel participent des écoles privées qui ne font pas partie des meilleures ;

-> que le rédactionnel adopte un ton très neutre, un peu comme lorsque le service public se pique de "parler jeune". Il y a, c'est vrai, des fautes de syntaxe, mais le ministère aussi fait des fautes dans ses projets de loi.
Je cite : " À partir de 2018, le site internet d’orientation universitaire APB est remplacé par une nouvelle plateforme, Parcoursup. Cette plateforme, par sa nouveauté, intrigue le public. Son objectif est de simplifier et d’optimiser l’orientation et l’admission universitaires. Le fonctionnement de Parcoursup diffère de celui de l’ancien site APB. Les inscriptions pour les élèves de terminale y débutent à partir du 15 janvier 2018".
Sur une autre page "Voici le nouveau terme issu de la mise en place de Parcoursup cette année : Les Attendus. Vous vous demandez surement à quoi peut correspondre ce terme. De manière simple, il s'agit de l'ensemble des compétences que devront réunir les bacheliers pour intégrer la filière universitaire qu'il voudra (sic)".

Ayant fait ces constats je poserai 4 questions :

1° Est-il normal qu'une entreprise qui a bénéficié d'un soutien public entretienne la confusion avec une plate-forme publique d'orientation ?

2° L'État doit-il continuer à soutenir, via BPI France, et attribuer le label FrenchTech à une entreprise qui utilise ce type de marketing ?

3° Les écoles, les collectivités territoriales, les acteurs de l'ESR, les médias, vont-ils continuer à soutenir une entreprise qui adopte une stratégie marketing aussi... décomplexée?

4° Et surtout, surtout : qu'attend la ministre pour exiger la fermeture de ce site ?

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