jeudi 31 août 2017

Licence : Faire du neuf avec du vieux

C’est une rentrée en fanfare pour le SUP. Pendant l’été c’était la fête de la LRU pour ses 10 ans avec une dégradation du rang des universités françaises dans le top 100 du classement de Shanghai. Démonstration in vivo du succès de l’autonomie ! Pas grave, sa petite sœur, qui devrait être imposée par ordonnance, a passé des vacances tranquilles à l’ombre du Conseil d’État pendant que ministres, conseillers et courtisans faisaient des vocalises avec les autoproclamées universités de recherche intensive de rang mondial à vocation internationale… Après avoir dilapidé 5,4 milliards d’euros sur le plateau de Saclay, l’objectif est maintenant de réussir à faire au moins trois fois pire en ruinant pour cela le reste du SUP, les étudiants et leurs familles.

Et puis il y a eu le feuilleton de la sélection. Alors le président Macron a prédit la fin du vieux monde et « une révolution de l’éducation dès cette rentrée ». Dans Le Point. Immédiatement notre nouvelle ministre faisait grand tapage pour annoncer la constitution d’un groupe de travail sur la licence et la composition de ce groupe était rendue publique. Et là, surprise. Le président Macron affirmait dans son interview ne rien avoir à faire avec la courtisanerie et vouloir une révolution ; il n’a pas du relire la liste. On nous annonçait une révolution et on se retrouve avec le magasin d’antiquités de la LRU.

Les membres de cette commission ont plusieurs points communs. Le premier est d’avoir participé depuis 20 ans à la politique dont l’échec justifie aujourd’hui leur nomination ; une variante ESR du principe de Peter en quelque sorte. C’est un peu comme demander au maçon qui a monté le premier mur de travers de faire le reste de la maison. On peut se dire que ça le responsabilise, mais quand on doit vivre 30 ans dans la maison c’est de l’inconscience.

Prenez Bernard Dizambourg (au hasard, enfin presque). Et bien c’est lui qui était chargé par Valérie Pécresse de la réforme des licences en 2008. Il fallait réduire le nombre d’intitulés de diplômes. Il aura donc toute latitude pour voir les problèmes que vont poser les « domaines » et les « mentions » qu’il a créé dans la définition des prérequis … C’est une rente ce système de management : plus vous commettez d’erreurs plus il y a de problèmes et donc d’occasions de créer de nouvelles commissions où vous pourrez continuer à exercer vos talents.

Deuxième point commun : n’avoir aucune compétence éprouvée. Il n’y a aucun enseignant-chercheur responsable de licence pour participer au pilotage de cette commission. Vous me direz, eux ils ont cours. Justement, je doute qu’un seul des rapporteurs ait enseigné en licence depuis 20 ans, si tant est qu’ils aient enseigné un jour en licence. Car, et c’est une autre curiosité de la révolution macronienne, pour faire cette France neuve et moderne la ministre recycle.

Bernard Dizambourg que j’évoquais plus haut a 68 ans, comme Jean-Paul Saint-André. Mais Bernard Saint-Girons en a 72 ! MM. Dizambourg et Saint-Girons ont commencé leurs carrières politico-administratives quand j’étais en DEA… ça commence à dater. Ils ont écumé à peu près toutes les fonctions imaginables tour à tour président d’université, de COMUE, vice-président ou président de la CPU, conseiller de ministres ou directeur au ministère ; tout, n’importe quoi, pour ne jamais enseigner en licence… Dans le même genre il y a l’indéboulonnable Daniel Filâtre  et Bernard Monthubert qui fut président de l’université Toulouse Sabatier dont la situation financière a fait les grands titres des journaux après son départ. Il y a également Bénédicte Durand de SciencesPo et Olivier Faron Ex dircab adjoint de Wauquiez, ex directeur de l’ENS de Lyon, nouveau directeur du CNAM. En voici deux qui auront certainement beaucoup d’expériences à partager sur les STS et les bacs pros en STAPS, en AES ou en infocom … Et puis n’oublions pas Guillaume Houzel. Qui ? Guillaume Houzel, ex-UNEF, que Fioraso avait recasé comme directeur du CNOUS avant que le Conseil d’État saisi par une IGAENR n’annule cette nomination. A voir le nombre d’IGAENR dans cette commission j’ai peur pour l’ambiance.

Troisième point commun, avoir fréquenté avec assiduité les cabinets et les antichambres du pouvoir. De Pécresse à Wauquiez en passant par Fioraso, qu’importe le ministre pourvu qu’on ait la fonction. Il n’est pas absolument nécessaire d’être compétent, il suffit d’être présent. Vous croyez que j'en rajoute ? Voici ce que disait la Cour des Comptes à propos de la gestion d’un des rapporteurs de cette commission Licence :

« Au 1 janvier 2004, l’établissement comptait 38 personnes. L’essentiel des personnels était regroupé dans le service technique, dont le management n’était pas satisfaisant, la coordination et le pilotage des projets étant insuffisants. Les services administratifs étaient éclatés en différentes cellules trop isolées, directement rattachées au président et au directeur. De façon générale, la formation des personnels lors de leur arrivée dans l’établissement était jugée insuffisante. L’organisation, assez peu structurée, présentait une déficience d’encadrement intermédiaire ».

Si Mme la ministre Vidal et M. le Conseiller Coulhon ne connaissaient pas cet épisode, le lien est ici, et c’est p. 52. Il y en a un précédent, plus salé encore.

Finalement cette commission est à l’image de ce président et de ce gouvernement : vieilli avant l’âge, ressortant les recettes de la postmodernité et du New Labour des années 90, avec un pilotage Top Down, beaucoup de COM et peu de fond. Que peut-il sortir de cela ? Rien, mais ce n’est pas très grave. Gageons que Laurent Bigorgne à l’Institut Montaigne aura déjà rédigé le rapport.

2 commentaires:

  1. Petite erreur factuelle. Daniel Fîlatre est professeur de sociologie, il n'a donc pas été président de l'université Toulouse 3 Paul-Sabatier mais de l'université Toulouse 2 le Mirail (dite Jean-Jaurès). Son CV n'est pour autant pas plus reluisant que les autres, il a été (entre autres) président la commission nationale de concertation sur la réforme du recrutement et de la formation des maître qui lors de la réforme de la masterisation des concours de l' enseignement de 2009...

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  2. "une variante ESR du principe de Peter en quelque sorte"

    C'est plutôt une variante du principe de Dilbert qui, malheureusement, est largement appliqué dans l'ESR. Si ce n'était qu'une variante du principe de Peters, ce serait un bien moindre mal.

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